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Michel Houellebecq

(Saint-Pierre, Reunión 1956, FRA)

MEDIODÍA

 
La calle Surcouf se extiende, lluviosa;
A lo lejos, un puesto de comida para llevar.
Una americana enamorada
Le escribe al elegido por su corazón.
La vida se escurre a pequeños intervalos;
Los humanos bajo sus paraguas
Buscan una puerta de salida
Entre el pánico y el aburrimiento
(Colillas aplastadas entre el fango).
Existencia a baja altura,
Movimientos lentos de un buldózer;
He vivido un breve interludio
En el café súbitamente desierto.

***

MIDI
La rue Surcouf s’étend, pluvieuse; / Au loin, un charcutier-traiteur. / Une
Américaine amoureuse / Écrit à l’élu de son cœur. // La vie s’écoule à petits coups; / Les
humains sous leur parapluie / Cherchent une porte de sortie / Entre la panique et l’ennui /
(Mégots écrasés dans la boue). // Existence à basse altitude, / Mouvements lents d’un
bulldozer; / J’ai vécu un bref interlude / Dans le café soudain désert.
 

ESTANCIA-CLUB

 
El poeta es aquel que se embadurna de aceite
Antes de haber usado las máscaras de supervivencia
Ayer por la tarde el mundo era dócil,
Soplaba una brisa sobre las radiantes palmeras
Y yo estaba a la vez en otra parte y en el espacio,
Conocía el Sur y las tres direcciones
En el cielo empobrecido se dibujaban estelas,
Me imaginaba a los ejecutivos sentados en sus aviones
Y los pelos de sus piernas, muy similares a los míos
Y sus valores morales, y sus amantes hindúes
El poeta es aquel, casi igual a nosotros,
Que menea la cola en compañía de los perros.
Me habría podido pasar tres años junto a la piscina
Sin llegar a distinguir el cuerpo de los veraneantes,
La agitación de los cuerpos atraviesa mi retina
Sin despertar en mí ningún vivo deseo.

***

SÉJOUR-CLUB
Le poète est celui qui se recouvre d’huile / Avant d’avoir usé les masqués de survie /
Hier après-midi le monde était docile, / Une brise soufflait sur les palmiers ravis // Et j’étais
à la fois ailleurs et dans l’espace, / Je connaissais le Sud et les trois directions / Dans le ciel
appauvri se dessinaient des traces, / J’imaginais les cadres assis leurs avions // Et les poils
de leurs jambes, très similaires aux miens / Et leurs valeurs morales, et leurs maîtresses
hindoues / Le poète est celui, presque semblable à nous, / Qui frétille de la queue en
compagnie des chiens. // J’aurais passé trois ans au bord de la piscine / Sans vraiment
distinguer le corps des estivants, / L’agitations des corps traverse ma rétine / Sans éveiller
en moi aucun désir vivant.
 

CASA GRIS

 
El tren progresaba por el mundo exterior,
Yo me sentía muy solo en el asiento naranja
Había rejas, casas y flores
Y suavemente el tren dividía el aire extraño.
Entre las casas había herbazales
Y todo parecía normal excepto yo
Hace muchísimo tiempo que he perdido la alegría
Vivo en el silencio, se extiende en grandes playas.
El cielo aún está claro, la tierra está ya en sombras;
Una fisura en mí se despierta y se agranda
Y esta tarde que cae sobre la Baja Normandía
Tiene un olor a final, a balance y a cifra

*** 

MAISON GRISE
Le train s’acheminait dans le monde extérieur, / Je me sentais très seul sur la
banquette orange / Il y avait des grillages, des maisons et des fleurs / Et doucement le train
écartait l’air étrange. // Au milieu des maisons il y avait des herbages / Et tout semblait
normal à l’exception de moi / Cela fait très longtemps que j’ai perdu la joie / Je vis dans le
silence, il glisse en larges plages. // Le ciel est encore clair, déjà la terre est sombre; / Une
fissure en moi s’éveille et s’agrandit / Et ce soir qui descend en Basse-Normandie / A une
odeur de fin, de bilan et de nombre.
 

SIN RECONCILIARSE

 
Mi padre era un imbécil bárbaro y solitario;
Ebrio de decepción, solo ante el televisor,
Rumiaba unos planes frágiles y muy raros,
Su mayor alegría era verlos fracasar.
Me trató siempre como a una rata a la que perseguir.
La mera idea de un hijo, creo, le asqueaba.
No soportaba pensar que le aventajase un día,
Sólo por seguir vivo cuando él reventara.
Se murió en abril, gimiente y perplejo;
Su mirada delataba una cólera infinita.
Cada tres minutos, insultaba a mi madre,
Criticaba la primavera, hacía bromas procaces.
Al final, justo antes de acabar su agonía,
Una calma breve recorrió su pecho.
Sonrió al decir «estoy nadando en orines»,
Y después se apagó con un ligero estertor.

***

NON RÉCONCILIÉ
Mon père était un con solitaire et barbare; / Ivre de déception, seul devant sa télé, /
Il ruminait des plans fragiles et très bizarres, / Sa grande joie étant de les voir capoter. // Il
m’a toujours traité comme un rat qu’on pourchasse; / La simple idée d’un fils, je crois, le
révulsait. / Il ne supportait pas qu’un jour je le dépasse, / Juste en restant vivant alors qu’il
crèverait. // Il mourut en avril, gémissant et perplexe; / Son regard trahissait une infinie
colère. / Toutes les trois minutes il insultait ma mère, / Critiquait le printemps, ricanait sur
le sexe. // À la fin, juste avant l’agonie terminale, / Un bref apaisement parcourut sa
poitrine. / Il sourit en disant: «Je baigne dans mon urine», / Et puis il s’éteignit avec un
léger râle


VACACIONES

 
Un tiempo muerto. Un espacio en blanco que se instala en la vida.
Los rayos de sol reverberan en las baldosas.
El sol duerme, la media tarde es inmutable.
Reflejos metálicos se cruzan sobre la arena.
En un aire reverberante, húmedo y casi inmóvil,
Se escucha cruzar a los insectos hembra.
Me entran ganas de matarme, de meterme en una secta;
Me entran ganas de moverme, pero sería inútil.
Dentro de cinco horas como mucho el cielo estará negro;
Esperaré el amanecer despachurrando moscas.
Las tinieblas palpitan como diminutas bocas;
Después vuelve el amanecer, blanco y seco, sin esperanza.

***

VACANCES
Un temps mort. Un trou blanc dans la vie qui s’installe. / Des rayons de soleil
pivotent sur les dalles. / Le soleil dort; l’après-midi est invariable. / Des reflets métalliques
se croisent sur le sable. // Dans un bouillonnement d’air moite et peu mobile, / On entend se
croiser les femelles d’insectes. / J’ai envie de me tuer, de rentrer dans une secte; / J’ai envie
de bouger, mais ce serait inutile. // Dans cinq heures au plus tard le ciel sera tout noir; /
J’attendrai le matin en écrasant des mouches. / Les ténèbres palpitent comme de petites
bouches; / Puis le matin revient, sec et blanc, sans espoir.
 

 

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